Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/163

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première fois, n’a voulu inculquer la vérité que nous avons l’habitude d’y chercher de préférence, celle de la rémunération ; mais une autre, que nous n’y cherchons point ordinairement, savoir celle de la nécessité de songer à temps à l’avenir au delà de la tombe, en face des biens terrestres. C’est l’homme riche seul qui est en vue. Lazare appartient uniquement au cadre ; ou bien il sert à mettre en relief le portrait principal. La personne n’est pas plus importante dans le tableau que celle des cinq frères. Or, pour songer à l’avenir, l’homme est suffisamment instruit : il a Moïse et les prophètes. S’il ne veut pas les écouter, il n’écoutera pas non plus les ressuscités. Jésus savait par expérience que les miracles mêmes n’arrivent pas à vaincre la mauvaise volonté. Vous êtes riches ; usez de vos richesses, non pour votre plaisir seul, mais pour le bien commun ; les nécessiteux sont à vos portes. Qu’ils soient toujours méritants au même degré, c’est là une question secondaire. De nos jours un pareil principe est bien plus important et plus fécond qu’autrefois ; l’aumône individuelle est le plus souvent stérile, n’étant plus le seul moyen d’exercer la charité. C’est d’ailleurs la seule parabole dans laquelle un personnage fictif soit désigné par un nom propre. Cela a fait penser à quelques-uns qu’il s’agit ici d’une histoire véritable.

La bonne foi de Reuss et sa stupidité éclairent ici merveilleusement tout. Il dit naïvement : La difficulté est… Il pourrait ajouter que la même « difficulté », il tâche de la tourner dans le sermon sur la montagne et dans plusieurs autres passages. Il s’étonne des paroles : « parce que tu as reçu ta part de biens sur la terre » etc. Mais c’est précisément ce qui est dit dans le sermon sur la montagne, et c’est là où l’on voit que la mendicité, selon