Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/179

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a cru devoir consulter, de préférence à tout autre mortel, au sujet des conditions du salut, décline lui-même l’honneur d’être appelé bon ; à plus forte raison, tout autre se gardera d’être trop présomptueux à cet égard. Dieu seul est bon, parfaitement, invariablement. L’homme ne doit pas être appelé bon, ni surtout s’estimer tel, non plus seulement parce qu’il a réellement des défauts et qu’il peut faire une chute, mais par une raison dont on parle moins souvent : le meilleur peut et doit toujours progresser, il lui reste toujours quelque chose à faire, chaque jour amène pour lui de nouveaux devoirs. Il n’y a pour lui jamais de sabbat réservé à la contemplation joyeuse d’une œuvre parfaitement achevée (Jean, v, 17 ; x, 4). Dans ce sens-là, nous pouvons reconnaître, sans que notre sentiment en soit blessé, sans que nous ayons à reprocher à Jésus une affectation de fausse modestie, qu’il a pu et dû refuser la qualification que cet homme lui donnait, pour l’éclairer en même temps sur sa propre valeur morale et pour détruire les illusions qu’il se faisait. On comprend que certains lecteurs aient été offusqués d’une phrase qui paraissait contredire la thèse de l’impeccabilité de Jésus. Aussi voyons-nous dans le texte de Matthieu, tel que la critique l’a rétabli, une tentative pour faire disparaître ces autres textes qui nous ont conservé la forme authentique du discours.

Après cela, Jésus répondant au fond de la question, commence par renvoyer son interlocuteur à la loi. Il n’a pu vouloir dire qu’une observation plus ou moins rigoureuse et littérale de certains préceptes, pour la plupart négatifs, suffisait pour gagner le ciel et mériter le titre de bon. Le sermon de la montagne nous préserverait au besoin d’une pareille erreur. Mais il pouvait vouloir faire faire à son présomptueux interlocuteur un retour sur lui-même, l’amener à sonder sa conscience, et, en général, le préparer par cette catéchisation basée sur la loi, à des instructions plus spécialement évangéliques. Le bon Israélite est à toute épreuve,