Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/185

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lendemain. Cela semble pourtant net et clair. Mais Jésus paraît prévoir que les hommes voudront le masquer sous de fausses interprétations, et il ajoute des paraboles : celle du festin auquel n’assistent que les mendiants ; celle du gérant infidèle ; celle du riche et de Lazare. Il choisit de tous côtés ; il dit qu’on ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu, si l’on possède. Mais, selon les interprètes, cela s’applique à tout autre chose qu’à la tirelire. La richesse n’empêche rien ; elle est même très belle.

Mais il y a mieux. Dans l’entretien avec l’adolescent tout cela est expliqué avec tant de simplicité, de clarté, qu’on ne peut rien interpréter faussement. Cependant les interprètes s’arrangent si bien que la tirelire reste intacte ; et ils emploient à le prouver toutes les ressources et tous les efforts de la pensée et de la parole. On a inventé un Eubion quelconque, qui n’exista jamais, et qui, soi-disant, a fondé une secte qui reconnaît la nécessité de la pauvreté pour entrer dans le royaume de Dieu. Mais Eubion signifie πτωχὸς c’est-à-dire ce que précisément Jésus a ordonné d’être, et les disciples s’appelaient les Eubions. Les Eubionistes, c’est-à-dire ceux qui ont suivi cette doctrine, forment une secte, et ceux qui ont inventé la trinité, les mystères, et qui admettent les richesses, les tribunaux, la guerre, sont les vrais disciples du Christ !