Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/214

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nécessaire dans la vie. Jésus dit : Celui qui désire recevoir la vraie vie, qui consiste à accomplir la volonté du Père, celui-ci doit, avant tout, renoncer à ses désirs personnels ; il ne doit pas organiser sa vie comme il le désire, mais il doit être prêt aux privations et aux souffrances de toutes sortes. Celui qui veut arranger sa vie charnelle selon son désir, fera périr la vraie vie de l’accomplissement de la volonté du Père.

Et il n’y a point avantage à acquérir pour la vie de la chair, si cette acquisition fait périr la vie de l’esprit. Ce qui fait surtout périr la vie de l’esprit, c’est le lucre, l’acquisition des richesses. Les hommes oublient qu’ils auront beau acquérir des richesses, à tout moment ils peuvent mourir, et la fortune n’est pas nécessaire pour leur vie. La mort est suspendue sur chacun de nous : la maladie, le meurtre, les accidents, à toute seconde peuvent faire cesser la vie. La mort charnelle est une condition inévitable de chaque seconde de la vie. L’homme vivant doit envisager chaque heure de sa vie comme un ajournement qui lui est accordé par une sorte de faveur. Il faut se bien rappeler cela, et ne pas dire que nous l’ignorons. Nous connaissons et prévoyons tout ce qui arrive sur la terre et sous le ciel, mais nous oublions que cette mort, que nous connaissons, nous guette à chaque seconde.

Mais si nous ne l’oublions pas nous ne pouvons