Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/215

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pas nous adonner à la vie de la chair, nous ne pouvons pas compter sur elle.

Pour suivre ma doctrine il suffit de calculer les avantages qu’il y a à servir la vie charnelle (notre volonté), et ceux qu’il y a à accomplir la volonté du Père. Celui qui a fait exactement ce calcul, celui-là seul peut être mon disciple, et celui qui fera ce calcul ne regrettera pas le bonheur imaginaire et la vie imaginaire en échange du vrai bien et de la vraie vie.

La vraie vie est donnée aux hommes, et les hommes connaissent et entendent son appel, mais, toujours entraînés par les soucis du moment, ils s’en privent. La vraie vie est semblable au festin qu’a fait préparer un homme riche et auquel il a convié des hôtes. Il appelle les hôtes, comme la voix de l’esprit-père appelle à lui tous les hommes. Mais certains des invités font du commerce, les autres s’occupent de leurs biens, d’autres de leurs affaires de famille, et ils ne se rendent pas au festin. Seuls les mendiants, qui n’ont point les soucis de ce monde, sont venus au festin et ont reçu le bonheur.

Ainsi les hommes, distraits par les soucis de la vie de la chair, se privent de la vraie vie. Celui qui ne renonce pas entièrement aux soucis et aux craintes de la vie de la chair ne peut accomplir la volonté du Père, parce qu’on ne peut servir en partie soi-même, en partie le Père. Il faut calculer