Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/216

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s’il est avantageux de servir la chair. Peut-on arranger sa vie comme on le désire ? Il faut faire ce que fait l’homme qui bâtit une maison ou se prépare à guerroyer : il calcule s’il peut terminer, s’il peut vaincre. S’il voit qu’il ne le peut pas, il ne dépense pas inutilement ni le travail, ni l’armée, sans quoi il serait la risée des hommes. Si l’on pouvait arranger la vie de la chair comme on le désire, alors il faudrait servir la chair ; mais, puisque c’est impossible, mieux vaut abandonner tout ce qui concerne la chair et servir l’esprit. Mais on ne peut servir l’un et l’autre, sans quoi on perdra les deux. C’est pourquoi, pour accomplir la volonté du Père, il faut renoncer complètement à la vie de la chair.

La vie de la chair c’est cette richesse illusoire, étrangère, confiée à nous, que nous devons employer de manière à recevoir la vraie richesse. Si un homme employé au service d’un maître riche, sait que celui-ci, si bien qu’il le serve, le congédiera et ne lui laissera rien, cet employé agira sagement en faisant du bien à d’autres gens, pendant qu’il est encore au service de son maître. En effet, quand on le congédiera, ceux à qui il aura fait du bien le recevront et le nourriront. Les hommes doivent faire la même chose avec leur vie terrestre. La vie de ce monde c’est cette fortune d’un autre que chacun gère provisoirement. Ceux qui emploieront bien cette richesse d’un autre, rece-