Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/226

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votre richesse. Non, Dieu ne regarde pas l’extérieur, il regarde le cœur. Ce qui est grand devant les hommes est méprisable devant Dieu. Maintenant c’est le royaume de la terre et sont grands ceux qui y entrent ; mais dans le royaume du ciel, ce ne sont point les riches qui y entrent, ce sont ceux qui n’ont rien. Et cela est ainsi toujours, selon votre loi, selon Moïse, et selon les prophètes.

Écoutez ce que, selon vous, sont les riches et les mendiants.

Il y avait un homme riche, il se paraît de beaux habits, ne faisait rien et s’amusait chaque jour. Et il y avait un mendiant, le lépreux Lazare.

Lazare venait dans la cour du riche, pensant : peut-être me laissera-t-on les miettes du riche. Mais même les rogatons n’arrivaient pas à Lazare : les chiens du riche mangeaient tout et même léchaient les plaies de Lazare.

Tous deux moururent, Lazare et le riche. Et voilà que, de l’enfer, le riche aperçut dans le lointain Abraham et, assis à ses côtés, Lazare le lépreux. Et le riche dit : Abraham, mon père, près de toi est assis Lazare le lépreux ; toi je n’ose pas te déranger, mais envoie-moi Lazare afin qu’il trempe son doigt dans l’eau et m’en rafraîchisse les lèvres, car je brûle dans le feu.

Abraham lui dit : Pourquoi t’enverrais-je Lazare ? Dans l’autre monde tu avais tout ce que tu désirais, Lazare n’a eu que du malheur, maintenant il