Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/89

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indique sa mort comme le sacrifice pour les péchés du monde, et, en même temps, fait allusion à l’agneau pascal, que bientôt on devait manger. Il est vrai que le sang de l’agneau de Pâque n’était pas uniquement réservé à la cérémonie de la Pâque, mais dans l’événement remémoré par cette cérémonie, le sang avait une grande importance. À la sortie de l’Égypte on barbouilla de sang les poutres et les portes des demeures des Juifs, en commémoration du salut de leurs fils aînés, échappés à l’ange exterminateur, et quand on tuait l’agneau pascal dans le temple, on arrosait de son sang les angles de l’autel, pour rappeler les poutres des maisons des Juifs. Aux festins de la Pâque le sang était remplacé symboliquement par le vin. Comme l’agneau pascal était l’image antérieure du Christ, et la délivrance des Juifs de l’Égypte celle de la rédemption du monde, il est nécessaire de voir dans les paroles du Christ : manger mon corps, boire mon sang, la substitution, à l’agneau pascal, du corps de Christ, et au vin symbolique du festin de la Pâque, le sang du Christ. C’est une nouvelle Pâque que Dieu présente prophétiquement dans cet entretien. Le sang, comme substance qui préserve de la mort et dont le symbole était la conservation, par le sang de l’agneau pascal, des nouveau-nés des Juifs, échappant aux mains de l’Ange ; le corps, comme nourriture de la vie, dont le symbole était la nourriture par la chair de l’agneau pascal, c’est-à-dire, en général, la sauvegarde de la mort et le commencement de la vie. Dans ces deux faits est contenue toute l’idée de la rédemption. Alors celui qui veut bien comprendre la rédemption accomplie par Christ en mourant sur la croix doit manger son corps et boire son sang ; autrement il ne participe pas à cette rédemption, ou, en d’autres termes, il n’aura pas la vie éternelle et, non racheté, il demeurera dans la mort éternelle et dans l’éloignement de Dieu.

Celui qui mange mon corps. Ici s’exprime la même