Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/276

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ci, depuis longtemps en liberté, se promène parmi les sentinelles, et leur fait même la guerre. Tout ce qui anime vraiment le monde : le socialisme, le communisme, les théories politico-économiques, l’utilitarisme, la liberté et l’égalité des hommes, des classes sociales et des femmes ; toutes les conceptions morales de l’humanité, la sainteté du travail, de la raison, de la science, de l’art, tout ce qui vivifie le monde et paraît hostile à l’Église — tout cela n’est autre chose que des débris de la même doctrine du Christ, apportée sans le savoir par l’Église, et qu’elle s’efforcait de cacher soigneusement.

De notre temps, la vie du monde suit son cours tout à fait indépendamment de la doctrine de l’Église. Cette doctrine est restée si loin en arrière que les hommes de ce monde n’entendent plus la voix des doctrines de l’Église. Et il n’y a rien à entendre, parce que l’Église parle d’une organisation de la vie du monde qui n’existe plus ou qui se détruit fatalement.

Des gens naviguaient en bateau et ramaient, le pilote gouvernait. Ces gens se fiaient au pilote, et le pilote gouvernait bien ; mais le temps vint où le bon pilote fut remplacé par un autre, qui ne gouvernait pas. Le bateau marchait vite et sans efforts. D’abord, ces gens ne remarquaient pas que le nouveau pilote ne gouvernait pas et ils ne songeaient qu’à se réjouir de la vitesse du bateau. Mais bien-