Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/303

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devant les hommes est une abomination devant Dieu, et ce que veut dire malheureux les riches et les glorifiés ; heureux les pauvres et les humiliés. Maintenant seulement je comprends cela, j’ai foi en cela, et cette foi a changé toutes mes idées sur ce qui est bon et grand, mauvais et bas, dans la vie. Tout ce qui, auparavant, me paraissait bon et grand — les honneurs, la gloire, la civilisation, la richesse, les complications et les raffinements de l’existence, du luxe, de la nourriture, des vêtements, des manières — tout cela est devenu pour moi mauvais et bas, et, au contraire — l’obscurité, la pauvreté, la rudesse, la simplicité de la demeure, de la nourriture, des vêtements, des manières — tout cela est devenu pour moi bon et grand. Voilà pourquoi, maintenant que je sais cela, s’il m’arrive, dans un moment d’oubli, de m’abandonner à la colère et d’outrager mon frère, quand je suis calme je ne puis plus me laisser séduire par ces tentations qui, en m’élevant au-dessus des autres hommes, me privaient de mon vrai bien — l’union et l’amour ; car l’homme ne peut se tendre à lui-même un piège où il a failli périr. Maintenant je ne puis contribuer à rien qui m’élève extérieurement au-dessus des autres hommes, à rien qui me sépare d’eux ; je ne peux pas, comme je le faisais auparavant, reconnaître aux hommes des titres, des rangs, des qualités, en dehors du titre et de la qualité d’homme ; je ne puis pas chercher la gloire, les