Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/304

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louanges ; je ne puis pas désirer une instruction qui me sépare des autres ; je ne puis pas ne pas chercher dans ma façon de vivre, dans ma demeure, dans ma nourriture, mes vêtements, tout ce qui, au lieu de me séparer des hommes, m’unit à la majorité.

Christ m’a dénoncé une autre tentation : la débauche, c’est-à-dire le désir de posséder une autre femme que celle avec laquelle on est uni. Je ne puis pas ne pas le croire, c’est pourquoi je ne puis pas, comme je le faisais auparavant, considérer ma sensualité comme quelque chose de naturel, d’humain et de sublime. Je ne puis plus la justifier par l’attrait de la beauté ou par des raisons d’amoureux, ou par les défauts de ma femme ; je ne puis plus, au premier avertissement, ne pas reconnaître que je me trouve dans un état morbide, anormal, et ne pas chercher, par tous les moyens, à me débarrasser de cette obsession. Mais, outre que je sais maintenant que la débauche sensuelle est un mal pour moi, je sais encore quelle tentation m’y poussait auparavant. Puis je sais maintenant que la cause principale de cette tentation n’est pas dans le besoin naturel des rapports sexuels, mais dans l’abandon des femmes par leurs maris, et des maris par leurs femmes. Je sais maintenant que l’abandon de l’homme par la femme et de la femme par l’homme, est précisément ce divorce que Christ interdit aux hommes,