Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/310

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vail aux autres, non seulement ils ne travaillent pas mais ils s’approprient par la force le travail des autres. Quand je me rappelle maintenant tout le mal que j’ai fait à moi-même et aux hommes, et tout le mal que j’ai vu faire, je me rends compte que la plupart des maux provenaient de ce que chacun trouvait possible de garantir et d’améliorer sa vie par la défense personnelle. Je comprends maintenant la signification des paroles : l’homme est au monde non pour être servi par le travail des autres, mais pour servir les autres en travaillant pour eux ; et la signification de celles-ci : l’ouvrier mérite sa nourriture. Je crois maintenant que mon vrai bien et celui des autres ne sont possibles que si chacun, au lieu de travailler pour soi, travaille pour les autres et non seulement ne refuse pas son travail à un autre, mais le donne joyeusement à celui qui en a besoin. Cette foi a modifié mon opinion sur ce qui est bon, mauvais et bas. Tout ce qui autrefois me paraissait bon et grand — la richesse, la propriété quelconque, le point d’honneur, le souci de ma dignité, mes droits — tout cela est maintenant pour moi quelque chose de mauvais et de bas ; et tout ce qui me paraissait mauvais et bas — le travail pour les autres, la pauvreté, l’abaissement, le renoncement à toute espèce de propriétés et de droits, tout cela me semble maintenant bon et grand. Si je puis encore maintenant, dans un moment d’oubli, me