Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/63

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tion des morts. Les autres, les incrédules, les libres commentateurs de la doctrine de Christ, les historiens des religions, — Strauss, Renan et autres, — complètement imbus des enseignements de l’Église qui prétend que la doctrine du Christ n’a aucune application directe à la vie, qu’elle est une doctrine de rêveurs, racontent très sérieusement que la doctrine du Christ est, en effet, une doctrine de visionnaires, consolation des esprits faibles, qu’elle était bonne à prêcher aux habitants sauvages des hameaux de la Galilée, mais que, pour nous, avec notre culture, ce n’est, comme dit Renan, que le doux rêve d’un charmant docteur. Selon eux, Christ ne pouvait envisager la sagesse de notre civilisation et la hauteur de notre culture. S’il avait atteint le développement intellectuel de ces savants, il n’aurait pas songé à ce charmant radotage. Ces savants historiens jugent le christianisme d’après celui de notre société. Or, d’après le christianisme de notre société et de notre époque, ce qu’il y a de vrai et de sacré c’est notre vie, avec son organisation : ses prisons, ses alcazars, ses fabriques, ses journaux, ses maisons publiques, ses parlements ; quant à la doctrine du Christ on en prend ce qui ne dénonce pas cette vie. Mais comme la doctrine du Christ condamne toute cette vie, on ne prend rien d’elle, excepté les mots. Les savants historiens savent cela, et, n’ayant pas de motifs pour le cacher, comme le font les soi-disant