Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/100

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vons donner aux pauvres une partie de notre superflu (tant nous avons assez de nos propres misères), et qu’il n’y a personne à qui donner de l’argent si l’on désire réellement faire le bien et non donner de l’argent à n’importe qui, comme je l’avais fait au débit de Rjanov. Aussi abandonnai-je tout. Le désespoir dans le cœur, je partis à la campagne.

Là je voulus écrire un article sur tout ce que j’avais éprouvé et ressenti, dire pourquoi mon entreprise avait échoué. Je voulais me justifier du reproche qu’on adressait à mon article sur le recensement. Je voulais dénoncer l’indifférence de la société. Je voulais exposer les causes qui engendrent cette misère et la nécessité d’y remédier, et les moyens que je croyais salutaires pour y parvenir.

Je me mis aussitôt à cet article et il me semblait que j’allais dire beaucoup de choses importantes. Mais j’eus beau y travailler ; malgré l’abondance, même le superflu, des matériaux, à cause de l’irritation sous l’influence de laquelle j’écrivais, parce que je n’avais pas vécu comme je devais vivre et, principalement, parce que je ne connaissais pas clairement et simplement la cause de tout cela, cause très simple enracinée en moi, je ne pus sortir de cet article et jusqu’à présent il n’est pas achevé.

Il se passe dans le domaine moral un événement étonnant peu remarqué.