Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/107

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ils sont attirés à la ville par la séduction de ses plaisirs. Il est vrai que la situation du paysan est telle que pour satisfaire à ce qu’on exige de lui, il ne peut se tirer d’affaire à la campagne qu’en vendant le blé, le bétail, qui, il le sait, lui sont nécessaires, et volens nolens, il est forcé d’aller en ville pour y acheter son pain. Il est vrai aussi que l’argent, gagné comparativement avec plus de facilité, et le luxe de la vie en ville l’y attirent, et sous prétexte de gagner son pain en ville, il y va pour travailler moins et manger mieux, boire du thé trois fois par jour, porter de beaux habits et même boire et se débaucher. La cause de ces deux actions est la même : la transmission des richesses des producteurs entre les mains de ceux qui ne produisent pas et leur concentration dans les villes. En effet, l’automne est venu, toutes les richesses de la campagne sont ramassées ; aussitôt viennent les exigences des impôts, du recrutement ; aussitôt paraissent les séductions : l’eau-de-vie, les noces, les fêtes, les petits marchands qui voyagent à la campagne, etc., et par l’un ou l’autre moyen, ces richesses, sous les aspects les plus divers : brebis, veaux, vaches, chevaux, cochons, poulets, œufs, beurre, seigle, avoine, pois, chanvre, lin, passent dans les mains d’hommes étrangers et sont transportées dans les villes, et des villes dans les capitales. Les habitants de la campagne sont forcés de donner tout cela pour satisfaire aux exigences