Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/113

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tombent sans atteindre le but, perdent l’habitude du travail et peuplent les maisons de prostitution et les asiles de nuit.

Il y a deux ans, nous avions pris comme domestique un garçon de la campagne. Il se querella avec le valet et on le congédia. Il entra au service d’un marchand, plut au maître, et maintenant il se promène, en gilet à chaînette et bottes élégantes. À sa place on prit un autre paysan marié. Il devint ivrogne et perdit de l’argent. On en prit un troisième, il devint ivrogne, après avoir dépensé à boire tout ce qu’il avait, il traîna longtemps la misère, dans les asiles de nuit. Le vieux cuisinier devenu ivrogne à la ville est tombé malade. L’année dernière, le valet qui autrefois buvait beaucoup mais qui, durant cinq ans, à la campagne, ne buvait pas de vin, à Moscou, sans femme pour le retenir, devint ivrogne et gâta toute sa vie. Un jeune garçon de notre village est domestique chez mon frère ; son grand-père, un vieil aveugle, quand je fus à la campagne vint chez moi et me demanda d’exhorter son petit-fils à lui envoyer dix roubles pour payer les impôts, sans quoi il faudrait vendre la vache. « Il dit toujours qu’il faut s’habiller convenablement ; eh bien, il s’est fait faire des bottes, c’est assez ; veut-il maintenant s’acheter une montre ? » dit le grand-père en exprimant par ces paroles la supposition la plus folle qu’on puisse faire. Supposition folle, en effet,