Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/128

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comme avec un homme ; si je lui montre que je veux être plus qu’un passant ; si, comme il arrive souvent, il pleure en me racontant ses peines, alors il ne voit plus en moi un passant, mais ce que je désire lui paraître : un homme bon. Et si je suis un homme bon, ma bonté ne peut s’arrêter à vingt kopeks, à dix roubles, ni à des milliers de roubles. On ne peut être un homme à demi bon. Supposons que je lui donne beaucoup, que je l’habille, le remette sur pied, de sorte qu’il puisse vivre sans aide. Puis n’importe comment, par malheur ou par faiblesse, il perd tout, de nouveau il n’a plus ni pardessus, ni linge, ni l’argent que je lui ai donné. De nouveau, il a froid et faim ; de nouveau, il vient chez moi. Pourquoi lui refuserais-je ? Le motif de mon activité étant d’atteindre un but défini, matériel, donner tant de roubles, ou un pardessus, je pourrais, les ayant donnés, rester tranquille, mais le motif de mon activité n’est pas celui-ci, il est d’être bon, c’est-à-dire de me voir en chacun de mes semblables. Chaque homme comprend la bonté de cette façon et non d’une autre, par conséquent, même s’il dépense au cabaret vingt fois ce que vous lui avez donné et que de nouveau il ait faim et froid, si vous êtes un homme bon, vous ne pouvez pas ne pas lui donner encore, vous ne pouvez jamais cesser de lui donner si vous avez plus que lui. Si vous reculez devant cela, vous montrez que tout ce que vous avez fait n’est pas dû à votre