Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/78

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paire de débauche, chez mes enfants. Je me jugeais déjà très bon parce qu’il ne me gênait pas, moi, et ne gênait que la cuisinière, et parce qu’aussi ce n’était pas moi qui le soignais mais la cuisinière, et parce que je le vêtais avec de vieux effets. L’enfant passa chez nous une semaine environ. Durant cette semaine, deux fois, en le rencontrant je lui dis quelques paroles et, pendant une promenade, j’allai chez un cordonnier que je connaissais et lui proposai le garçon comme apprenti. Un paysan qui était chez moi le demanda pour travailler à la campagne, dans sa famille. L’enfant refusa et, une semaine après, il disparut. J’allai à la maison de Rjanov me renseigner sur lui. Il y était retourné, mais pour le moment, il ne se trouvait pas à la maison. C’était déjà le deuxième jour qu’il allait aux Étangs Présnia où il s’était loué pour trente kopeks par jour, dans une cavalcade d’hommes habillés en sauvages qui promenaient un éléphant. Là-bas il y avait un spectacle pour le public. J’y retournai une deuxième fois, mais il était si ingrat qu’évidemment il m’évitait. Si j’eusse réfléchi alors à la vie de ce garçon et à la mienne j’aurais compris qu’il était gâté parce qu’il avait appris la possibilité d’une vie gaie, sans travail, parce qu’il était déshabitué de travailler. Et moi, pour le secourir, pour le corriger, je l’avais pris dans ma maison, et qu’avait-il vu là ? Mes enfants, plus âgés que lui,