Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plus jeunes et de son âge qui, non seulement ne faisaient jamais rien pour eux, mais par mille moyens donnaient du travail aux autres, salissaient, gâtaient tout, mangeaient des mets gras et sucrés, cassaient la vaisselle, les verres, jetaient au chien une nourriture qui, pour cet enfant, était friandise. Du moment que je l’avais retiré du lupanar et l’avais amené dans un bon endroit, alors il devait s’adapter aux idées sur la vie qui existaient en cet endroit et selon ces idées, il avait compris que dans un bon endroit il faut ne pas travailler, manger et boire à son aise, et vivre gaiement. Il ne savait pas, c’est vrai que mes enfants faisaient un travail pénible pour étudier les conjugaisons grammaticales latines et grecques et il n’aurait pu comprendre le but de ce travail. Mais il était évident que s’il l’eût compris, l’action sur lui de l’exemple de mes enfants aurait été encore plus forte. Il aurait compris que mes enfants étaient élevés ainsi maintenant afin de profiter dans l’avenir, en travaillant le moins possible, du plus grand nombre possible d’avantages de la vie. Il l’avait bien compris, et il n’est pas allé chez le paysan, soigner le bétail et manger des pommes de terre avec le kwass, mais il est allé au jardin zoologique en costume de sauvage, conduire l’éléphant, moyennant trente kopeks.

J’aurais dû comprendre combien il était insensé que moi, qui élevais mes enfants dans l’oisiveté