Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/97

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



XII

Que s’était-il donc passé ?

J’avais vécu à la campagne et là j’avais eu des rapports avec les pauvres du village. Ce n’est pas par humilité — elle est parfois pire que l’orgueil — mais pour rendre hommage à la vérité nécessaire à la compréhension de toute la marche de mes idées et de mes sentiments, que je dirai qu’à la campagne je faisais très peu pour les pauvres. Mais les secours qu’on me demandait étaient si modiques que même ce peu profitait aux hommes et formait autour de moi une atmosphère d’amour et d’union avec les gens parmi lesquels je pouvais calmer le sentiment cuisant de l’injustice de ma propre vie. En m’installant en ville, j’espérais vivre de la même façon. Mais là je m’étais heurté à une misère tout autre ; la misère de la ville était moins sincère et plus exigeante, plus cruelle que celle des campagnes, et surtout, il y en avait tant d’amassée en un endroit,