Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/105

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— Une vraie beauté — fit Olénine. — Appelle-la ici.

— Non, non, non, — prononça le vieillard. — On veut la marier avec Loukachka. Louka, un brave cosaque djiguite ; récemment il a tué un Abrek. Je t’en trouverai une meilleure. Je t’en trouverai une qui sera habillée tout en soie et en argent. Si je le dis, je le ferai, je te trouverai une vraie beauté.

— Que dis-tu, vieux ? — fit Olénine. — C’est un péché.

— Un péché ! Où est le péché ? — répondit résolument le vieillard. — Regarder une belle fille c’est un péché ; s’amuser avec elle c’est un péché ; l’aimer, c’est un péché ; c’est comme ça chez vous ? Non, mon père, ce n’est point un péché, c’est le salut, Dieu t’a créé et il a aussi créé la fille, il a tout créé, mon petit père. Alors regarder une belle fille n’est pas un péché, elle est faite pour cela, pour l’aimer et en avoir du plaisir. Oui, voilà comme je juge, mon bon.

Ayant traversé la cour, Marianka entra dans un petit réduit noir et frais, plein de tonneaux, et faisant la prière d’usage, elle s’approcha du tonneau et y mit le tâte-vin. Vanucha, debout à l’entrée de la porte, souriait en la regardant. Il trouvait très drôle qu’elle n’eût qu’une chemise ajustée dans le dos et bouffante devant, et encore plus drôle de lui voir au cou un collier de pièces d’argent. Il trouvait