Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/106

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que ce n’était point comme en Russie, et que chez eux, la cour serait pleine de rires si l’on voyait une telle fille. « La file come cetres bié pour varier » — pensa-t-il, — Je le dirai tout de suite à mon maître.

— Pourquoi caches-tu la lumière, diable ! — lui cria tout à coup la fille. — Tu pourrais me donner le carafon.

Quand le carafon fut plein d’un vin froid, rouge, Marianka le tendit à Vanucha.

— Donne l’argent à maman — fit-elle en repoussant la main de Vanucha qui lui tendait l’argent.

Vanucha sourit.

— Pourquoi êtes-vous si fâchée, ma chère ? — prononça-t-il avec bienveillance et tout confus, pendant que la fille fermait le tonneau.

Elle se mit à rire :

— Et vous, est-ce que vous êtes bon ?

— Oh ! moi et mon maître nous sommes très bons — répondit affirmativement Vanucha. — Nous sommes si bons que partout où nous avons vécu, les maîtres ont gardé de la reconnaissance pour nous, parce que c’est un homme noble.

La fille s’arrêta en l’écoutant.

— Ton maître, est-il marié ? — demanda-t-elle.

— Non, mon maître est jeune et il n’est pas marié, parce que les nobles ne peuvent pas se marier quand ils sont jeunes, répondit Vanucha d’un ton doctrinal.