Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


On parlait de l’Abrek tué. Le Cosaque racontait, les femmes l’interrogeaient.

— J’espère qu’il aura une grande récompense ! — dit une Cosaque.

— Assurément. On dit qu’il aura une décoration.

— Mocev a voulu être injuste envers lui et lui a pris le fusil, mais les autorités à Kizliar l’ont appris.

— Quelle canaille, ce Mocev !

— On dit que Loukachka est de retour, — fit l’une des filles.

— Oui, il est chez Iamka (Iamka était une Cosaque célibataire, très dépravée, qui tenait un cabaret ) ; ils font la noce là-bas avec Nazarka. On dit qu’ils ont bu déjà un demi-seau.

— En voilà une chance pour cet Ourvan ! — dit quelqu’un. — Un vrai Ourvan. Mais quoi ! C’est un brave garçon. Comme il est adroit ! Son père, le père Kiriak était pareil ; il est tout à fait comme son père. Quand on l’a tué, toute la stanitza a pleuré. Voilà, ils viennent, — dit celle qui parlait en désignant les Cosaques qui, de leur côté, marchaient dans la rue. — Ergouchov est avec eux. En voilà un ivrogne !

Loukachka, Nazarka et Ergouchov, après avoir bu un demi-seau, venaient près des filles. Tous les trois, surtout le vieux Cosaque, étaient plus rouges qu’à l’ordinaire. Ergouchov titubait et, à chaque