Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/110

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instant, en riant très haut, poussait de côté Nazarka.

— Pourquoi ne chantez-vous pas de chansons ? — cria-t-il aux filles. — Je vous dis de chanter pour notre plaisir.

— Bonjour, comment vous portez-vous ? — disait-on pour les féliciter.

— Quel chant ? Est-ce une fête ? — dit une femme. — Tu as goinfré, alors chante.

Ergouchov éclata de rire et poussa Nazarka.

— Joue, toi, hein ! Moi, je chanterai. Je suis habile, te dis-je.

— Quoi, les belles ? Vous dormez, — dit Nazarka. — Nous sommes venus du cordon pour prier [1] et voilà. Nous avons prié Loukachka.

Loukachka, en s’approchant du groupe, lentement, soulevait son bonnet et s’arrêtait en face des jeunes filles. Ses larges pommettes et son cou étaient rouges. Il était debout et parlait doucement, lentement, mais dans cette lenteur et dans la mesure du mouvement, il y avait plus d’animation et de force que dans le bavardage et l’agitation de Nazarka. Il était comme un étalon qui, la queue au vent, et reniflant, s’arrête cloué sur ses quatre pattes. Loukachka était là, calme, devant les jeunes filles ; ses yeux riaient ; il parlait peu et

  1. « Prier, » en langage cosaque, signifie boire au succès de quelqu’un, lui souhaiter le bonheur, et en général boire beaucoup de vin. (Note de l’Auteur.)