Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/111

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regardait tantôt ses camarades ivres, tantôt les jeunes filles. Quand Marianka s’approcha du coin, d’un mouvement régulier, mais sans se hâter, il souleva son bonnet, se recula un peu, et, de nouveau, s’arrêta devant elle, les jambes un peu écartées, sa large main passée dans sa ceinture et jouant du poignard. En réponse à son salut, Marianka inclina lentement la tête, puis elle s’assit sur le banc de terre et prit dans son jabot des graines de tournesol. Loukachka, sans baisser les yeux, regardait Marianka, lui aussi faisait craquer des grains et en crachait l’enveloppe. À l’arrivée de Marianka tous se turent.

— Eh bien, quoi ? Vous êtes venus pour longtemps ? — demanda une Cosaque pour rompre le silence.

— Jusqu’au matin, — répondit lentement Loukachka.

— Eh bien ! Que Dieu te fasse bonne chance, — dit le Cosaque, — je suis heureux, je le disais tout à l’heure.

— Et moi, je le dis aussi, — reprit l’ivrogne Ergouchov en riant. — Que d’invités ! — ajouta-t-il en désignant les soldats qui passaient. — Elle est bonne l’eau-de vie des soldats, je l’aime !

— On nous a envoyé trois diables, — fit l’une des Cosaques, — le grand-père est déjà parti se plaindre à la chancellerie de la stanitza, mais on dit qu’il n’y a rien à faire.