Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/116

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Marianka sourit tout à fait et ouvrit le col de sa chemise.

— Ne prends pas tout, — fit-elle.

— Vraiment, j’étais ennuyé, sans toi. Je trouvais le temps long, je te le jure, chuchota doucement Loukachka en prenant des graines dans le jabot de la fille ; puis se penchant encore plus près d’elle il se mit à lui murmurer quelque chose tout en riant des yeux.

— Je n’irai pas, c’est dit ! — prononça tout à coup à voix haute Marianka, en s’écartant de lui…

— Vraiment… qu’ai-je encore à te dire, au nom de Dieu ! Viens, Marianka, — murmura-t-il.

Marianka secouait négativement la tête, mais souriait.

— Marianka ! eh, Marianka ! Maman t’appelle pour souper ! — cria le petit frère de la jeune fille en courant vers le groupe.

— J’y vais tout de suite, — répondit-elle — retourne seul, mon chéri, j’irai tout de suite.

Loukachka se leva et souleva son bonnet.

— Je vois qu’il me faut aussi aller à la maison, ce sera mieux, — fit-il, feignant la négligence, mais retenant un sourire. Et il disparut au coin de la maison.

La nuit s’étendait sur la stanitza. Des étoiles brillantes se montraient sur la voûte sombre. Les rues étaient noires et désertes. Nazarka resta sur le banc de terre, avec les jeunes filles dont on en-