Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/136

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— Ah ! ah ! quand l’oncle Erochka avait ton âge, il n’était pas en peine. Il volait déjà les troupeaux chez les Nogaï et les vendait de l’autre côté du Terek. Ça arrivait de donner un bon cheval pour un seau d’eau-de-vie, ou une bourka.

— Pourquoi, vendait-on si bon marché ? — demanda Loukachka.

— Imbécile, imbécile, Marka ! — fit avec mépris le vieillard. — C’est impossible autrement, c’est pourquoi on vole pour ne pas être avare ; et vous autres, je crois que vous ne savez même pas comment on vole les chevaux. Pourquoi te tais-tu ?

— Mais que dire, l’oncle, — fit Loukachka. — Évidemment nous ne sommes pas les mêmes hommes.

— Imbécile, imbécile, Marka ! Pas les mêmes ! — répondit le vieux en imitant le jeune Cosaque. — Oui, j’étais un autre Cosaque à ton âge !

— Mais que faire ? — demanda Loukacha.

Le vieux hocha la tête avec mépris.

— L’oncle Erochka était simple et généreux, et pour cela tous les Tchétchenzes étaient mes kounaks. Parfois un Tchétchenze venait chez moi, je l’enivrais d’eau-de-vie, je lui cédais mon lit, et j’allais chez lui, je lui portais un cadeau. Voilà comment agissaient les hommes d’autrefois. Ce n’est pas comme maintenant, leur seul amusement est de faire craquer des grains et d’en cracher la peau, — conclut-il d’un ton de mépris et en mon-