Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/142

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lui demanda doucement sa mère. — Où étais-tu toute la nuit ?

— À la stanitza, — répondit le fils, sans beaucoup d’empressement, et en maniant son fusil qu’il venait de tirer de l’étui.

La mère hocha la tête.

Après avoir vidé la poudre sur le bassinet, Loukachka prit un petit sac, ôta de là quelques cartouches vides et se mit à verser la poudre en la renfermant soigneusement par une balle enveloppée d’un petit chiffon. Ensuite, arrachant avec ses dents le tampon de la cartouche fermée et l’examinant, il posa le sac.

— Eh bien, petite mère, je t’ai demandé de raccommoder le sac, l’as-tu fait, hein ? — fit il.

— Oui, certainement, c’est la muette qui l’a raccommodé dans la soirée. Est-il déjà temps que tu partes au cordon ? Je ne t’ai pas vu du tout.

— Voilà, je m’arrangerai seulement et il faudra partir — répondit Loukachka en enveloppant la poudre. — Et la muette, où est-elle ? Est-elle sortie ?

— Elle fend le bois, sans doute. Elle était tout attristée à cause de toi. Je ne le verrai pas du tout, disait-elle. Elle montrait, comme ça, avec la main, son visage qu’elle claquait, puis portait la main à son cœur, ça voulait dire qu’elle était triste. Veux-tu que je l’appelle ? Elle a tout compris, à propos de l’Abrek.