Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/162

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la terre était noire et portait des traces de fumier frais. Cet endroit couvert de pampres ressemblait à un berceau touffu, sombre et frais.

— Il était ici, le matin, — dit le vieux en soupirant, le gîte est encore tout couvert de sueur fraîche.

Soudain, un violent craquement s’entendit dans la forêt à dix pas d’eux. Ils tressaillirent tous deux, prirent leurs fusils, mais on ne voyait rien, on entendait seulement le craquement des branches. Le piétinement régulier, rapide d’un galop, s’entendit pour un moment ; le craquement se transforma en un houlement qui s’étendit de plus en plus loin, de plus en plus large par la forêt calme. Dans le cœur d’Olénine, quelque chose sembla se déchirer. Il regardait en vain dans la forêt et enfin se tourna vers le vieillard.

L’oncle Erochka, le fusil serré contre la poitrine, restait immobile. Son bonnet était en arrière, ses yeux brillaient d’une lueur extraordinaire et sa bouche ouverte, où, avec colère, se montraient des dents jaunes, rongées, restait béante.

— Un cerf ! — cria-t-il en jetant avec désespoir son fusil à terre et en tiraillant sa barbe blanche. — Il était ici ! Il fallait s’approcher du sentier ! Imbécile, imbécile ! — et avec colère, il se prenait la barbe. — Imbécile ! Cochon ! — répétait-il en tirant sa barbe très fortement. Le bruit du cerf s’étendait de plus en plus loin et de plus en plus