Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/184

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m’amuserais, je m’amuserais. Quel grade avez-vous ?

— Junker, et maintenant je suis proposé pour la promotion.

— Eh bien ! Si vous ne vous vantez pas, en disant que vous avez une telle vie chez vous, moi, à votre place, je ne sortirais pas de la maison. Oui, je n’irais nulle part. Est-ce bien, de vivre chez nous ?

— Oui, très bien, — répondit Olénine.

Il faisait déjà tout à fait nuit quand, en causant ainsi, ils approchèrent de la stanitza. Les ténèbres sombres de la forêt les entouraient encore. Le vent mugissait avec force dans les sommets. Les chacals semblaient être près d’eux : ils hurlaient, ricanaient et pleuraient, et devant, dans la stanitza, on entendait déjà les conversations des femmes, l’aboiement des chiens ; on apercevait clairement les profils des cabanes, les lumières claires, on sentait l’odeur particulière de la fumée de kysiak. Olénine sentit surtout en cette soirée, que c’était ici, dans la stanitza, qu’étaient sa maison, sa famille, tout son bonheur, et que jamais nulle part, il n’avait vécu ni ne vivrait si heureux qu’ici. Ce soir-là il aimait tout, tous et surtout Loukachka ! En arrivant à la maison, Olénine, au grand étonnement de Loukachka, fit sortir lui-même de l’écurie un cheval acheté par lui à Groznaïa, pas celui qu’il montait toujours, mais un au-