Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/216

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heures, quand venait la nuit, il se rendait chez ses propriétaires, seul ou en compagnie de l’oncle Erochka. Ceux-ci étaient déjà si habitués à lui qu’ils s’étonnaient quand il ne venait pas. Il payait largement pour le vin et c’était un homme très doux. Vanucha lui apportait du thé, il s’asseyait dans un coin, près du poêle. La vieille, sans se gêner s’occupait de son ménage, et, en buvant du thé ou du vin, ils causaient des affaires des Cosaques, des voisins de la Russie dont Olénine parlait, et qu’ils interrogeaient. Parfois il prenait un livre et lisait. Marianka, comme une biche sauvage, les jambes croisées, était assise sur le poêle ou dans un coin obscur. Elle ne prenait pas part à la conversation, mais Olénine voyait ses yeux, son visage, il entendait ses mouvements, le craquement des graines de tournesol et il sentait qu’elle l’écoutait de tout son être quand il parlait, et il sentait sa présence quand il lisait en aparté. Parfois, il lui semblait que les yeux de la jeune fille étaient fixés sur lui, et, en rencontrant leur lumière, il se taisait involontairement et se mettait à la regarder. Alors elle se cachait aussitôt, et lui, feignant d’être très occupé de conversation avec la vieille, écoutait attentivement sa respiration, tous ses mouvements, et, de nouveau, attendait ses regards. Devant les autres, elle était le plus souvent gaie et tendre avec lui, et en tête à tête, sauvage et rude. Parfois, il venait chez eux quand Marianka n’était pas encore de retour des