Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/217

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champs. Tout à coup on entend ses pas fermes et dans la porte ouverte paraît sa chemise de coton bleu. Elle entre au milieu de la cabane, l’aperçoit, et ses yeux lui sourient avec une tendresse imperceptible, et lui, tout à coup, ressent quelque chose de joyeux et de terrible.

Il ne cherchait rien, ne désirait rien d’elle, et chaque jour sa présence lui devenait de plus en plus nécessaire.

Olénine était tellement fait à la vie de la stanitza que le passé lui semblait quelque chose de tout à fait étranger, et l’avenir, surtout en dehors de ce monde dans lequel il vivait, ne le préoccupait nullement. Quand il recevait des lettres de la maison, de ses parents, de ses amis, il s’offensait de ce qu’on était visiblement peiné de sa vie, de ce qu’on le considérait comme un homme perdu, tandis que lui, dans sa stanitza, considérait comme perdus tous ceux qui ne vivaient pas comme lui. Il était convaincu qu’il n’aurait jamais à se repentir de s’être détaché de sa vie d’autrefois, de s’être isolé avec tant d’originalité dans la stanitza. Dans les marches, dans les forteresses, il se sentait bien, mais seulement ici, seulement sous l’aile de l’oncle Erochka, dans sa forêt, dans sa cabane au bord de la stanitza et surtout en pensant à Marianka et à Loukachka, se montrait clairement à lui ce mensonge dans lequel il vivait jadis, et qui, même là-bas, le révoltait