Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/218

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déjà, mais qu’ici il trouvait horriblement vilain et méprisable. Chaque jour il se sentait de plus en plus libre, et chaque jour de plus en plus vraiment homme. Le Caucase se présentait à lui tout autrement qu’il ne se l’imaginait. Il ne trouvait ici rien de semblable à tous ses rêves et à toutes les descriptions du Caucase qu’il avait entendues et lues dans les livres. « Il n’y a ici ni bourka, ni précipices, ni Amalath-Bek, ni héros, ni malfaiteurs», pensait-il. « Les hommes vivent ici, comme vit la nature, ils meurent, naissent, s’unissent, naissent de nouveau, se battent, boivent, mangent, s’égayent et meurent de nouveau, et il n’y a aucune autre condition, sauf ces conditions immuables que la nature a imposées au soleil, à l’animal, à l’herbe, à l’arbre. Ils n’ont pas d’autre loi… » Et c’est pourquoi, ces hommes, relativement à lui, lui semblaient beaux, forts, libres, et, en les regardant, il devenait honteux de lui-même et triste. Souvent il songeait sérieusement à tout quitter, à s’inscrire comme Cosaque, à acheter une cabane, du bétail, à épouser une Cosaque, — mais pas Marianka qu’il cédait à Loukachka, — à vivre avec l’oncle Erochka, à aller avec lui à la chasse et à la pêche, et aux expéditions avec les Cosaques. « Pourquoi donc ne ferais-je pas cela ? Qu’est-ce donc que j’attends ? » se demandait-il. Et il s’excitait, se faisait des reproches. « Ai-je peur de faire ce que je trouve raisonnable et juste ? Le désir