Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/219

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d’être un simple Cosaque, de vivre près de la nature, de ne faire de tort à personne, mais de faire au contraire le bien aux hommes, ce rêve est-il donc plus sot que mes rêves d’antan, que le rêve d’être ministre, chef du régiment, par exemple ? Mais une voix lui disait d’attendre, de ne pas se décider encore. La conscience vague qu’il ne pouvait vivre absolument comme vivaient Erochka et Loukachka et qu’il y avait en lui d’autres exigences de bonheur le retenait. Il était arrêté par la pensée que le bonheur réside dans le sacrifice de soi-même. Son acte envers Loukachka ne cessait de le réjouir. Il cherchait sans cesse l’occasion de se sacrifier pour les autres, mais ces occasions ne se présentaient pas. Parfois il oubliait ce talisman de bonheur, récemment découvert par lui, et il se jugeait capable de confondre sa vie avec celle de l’oncle Erochka. Mais, ensuite, il se ressaisissait, s’accrochait aussitôt à l’idée du sacrifice volontaire, et, se basant sur cette idée, il regardait tranquillement et fièrement tous les hommes et le bonheur d’autrui.