Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/239

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bœufs, roula son bechmet, et s’allongeant à terre, sur l’herbe affaissée et molle, le mit sous sa tête. Elle avait sur sa tête un foulard de soie, et sur le corps une chemise de coton bleu, passée, mais elle avait affreusement chaud. Son visage brûlait, elle ne savait où poser ses jambes, ses yeux étaient voilés par le sommeil et la fatigue ; ses lèvres s’ouvraient involontairement et sa poitrine se soulevait fortement.

L’époque du travail avait commencé deux semaines avant, et un travail lourd, incessant, occupait tout le temps la jeune fille. Le matin, à l’aube, elle se levait, lavait son visage à l’eau fraîche, s’enveloppait d’un châle et, jambes nues, courait vers le bétail. Elle se chaussait à la hâte, s’enveloppait dans son bechmet, et prenant du pain dans son mouchoir elle attelait les bœufs et partait aux jardins pour toute la journée. Là-bas, elle ne se reposait qu’une heure, elle coupait les ceps et le soir, de bonne humeur, et non fatiguée, en tirant les bœufs par la corde et les excitant avec une longue gaule, elle revenait à la stanitza. Après avoir donné à manger au bétail, dans la soirée, prenant des graines de tournesol dans les larges manches de sa chemise, elle sortait au coin pour rire avec les filles. Mais dès que le soleil se couchait, elle revenait à la maison, soupait avec son père, sa mère et son petit frère dans la sombre cuisine ; insouciante, forte, elle entrait dans la