Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/245

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tenka en chuchotant et se levant. Et comme tu es heureuse, je le jure ! Comme on t’aime. Tu es si méchante et l’on t’aime. Et moi, si j’étais à ta place, j’arrangerais bien le locataire. Je l’ai observé quand vous étiez chez nous ; il semblait te manger des yeux. Même mon grand-père, même lui, quels cadeaux ne m’a-t-il pas faits ? Et le vôtre, on dit que c’est un des plus riches Russes. Son ordonnance dit qu’il a des serfs.

Marianka se souleva, devint pensive, et sourit.

— Que m’a-t-il dit une fois, le locataire ? — prononça-t-elle en mordillant une herbe. — Il m’a dit : je voudrais être le Cosaque Loukachka ou ton petit frère Lazoutka. Pourquoi a-t-il dit cela ?

— Comme ça, il chante ce qui lui passe par la tête, — répondit Oustenka. — Le mien, mon Dieu, que ne dit-il pas ! C’est comme un possédé !

Marianka rejeta sa tête sur le bechmet, posa sa main sur l’épaule d’Oustenka et ferma les yeux.

— Aujourd’hui il voulait venir travailler au jardin. Mon père l’invitait — prononça-t-elle, après un silence, et elle s’endormit.