Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/269

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de moi ? Je ne sais pas moi-même comme je t’aime.

Elle se recula davantage.

— C’est le vin qui parle en toi. Tu n’auras rien.

— Non, ce n’est pas le vin. Ne te marie pas avec Loukachka, je t’épouserai.

« Qu’ai-je dit ? » pensa-t-il aussitôt qu’il eut prononcé ces paroles. « Dirai-je la même chose demain ? Oui, je le dirai. Assurément, je le dirai et maintenant je le répéterai », lui répondait une voix intérieure.

— Tu m’épouseras ! — Elle le regardait sérieusement et sa crainte semblait s’évanouir.

— Marianka ! je deviendrai fou. Je ne suis pas moi-même. Je ferai tout ce que tu m’ordonneras. Et des paroles follement tendres coulaient d’elles-mêmes.

— Que chantes-tu ! — l’interrompit-elle en attrapant tout à coup la main qu’il tendait vers elle mais elle ne repoussait pas cette main, et la serrait de ses doigts forts, raides. — Est-ce qu’un seigneur épouse une Cosaque ? Va-t-en.

— Mais consentiras-tu ? Je…

— Et que ferons-nous de Loukachka ? — fit-elle en riant.

Il arracha sa main qu’elle tenait et enlaça fortement son jeune corps. Mais elle, comme une biche, sauta, bondit pieds-nus et courut au perron. Olénine, se ressaisissant, s’effraya soi-même. Il se jugea de nouveau effroyablement vilain en compa-