Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/298

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— Rappelle-toi donc que si tu te joues de moi, je deviendrai fou. Demain, je parlerai à ton père et à ta mère. Je viendrai te demander en mariage.

Mais, tout à coup, elle éclatait de rire.

— Qu’as-tu ?

— Rien, c’est drôle.

— C’est sûr. J’achèterai une maison, un jardin, je m’inscrirai Cosaque.

— Prends garde à ne pas aimer d’autres femmes ! Pour ça, je serais très méchante.

Olénine se rappelait avec plaisir toutes ces paroles. À ces souvenirs, tantôt il se sentait triste, tantôt fou de bonheur. Sa respiration s’arrêtait. Ce qu’il y avait de pénible pour lui, c’est qu’en lui parlant, elle était calme comme toujours. Cette nouvelle affection ne semblait l’émotionner nullement. Comme si elle ne le croyait pas, elle ne pensait pas à l’avenir. Il semblait à Olénine que Marianka l’aimait momentanément, mais que pour elle l’avenir avec lui n’existait pas. Mais il était heureux parce que toutes ses paroles lui semblaient la vérité, qu’elle consentait d’être à lui. — « Oui, se disait-il, — quand elle sera tout à fait à moi, seulement alors nous nous comprendrons. Pour un tel amour, il n’y a pas de paroles, il faut la vie, la vie entière. Demain tout s’expliquera, je ne puis vivre ainsi. Demain, je dirai tout à son père, à Bieletzkï, à toute la stanitza… »