Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/303

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montagnes de sable sont soulevées ; quand il fait calme, comme ce matin-là, le silence que ne rompent ni le mouvement ni les sons, est surtout saisissant. Ce matin-là, bien que le soleil se montrât, dans la steppe le temps était calme et sombre, il faisait particulièrement doux et désert. L’air même ne se mouvait pas, on n’entendait que le piétinement des chevaux, leur ébrouement et même ces bruits ne résonnaient que faiblement et s’arrêtaient aussitôt. La plupart des Cosaques chevauchaient en silence. Les Cosaques portent toujours leurs armes de telle façon qu’elles ne se touchent pas et ne font entendre aucun cliquetis : C’est une grande honte pour les Cosaques que leurs armes fassent du bruit. Deux Cosaques de la stanitza les rejoignirent en route et ils échangèrent quelques paroles. Le cheval de Loukachka s’accrocha à quelques herbes et butta. C’est mauvais présage chez les Cosaques. Ceux-ci tournèrent la tête et se détournèrent hâtivement en tâchant de ne pas faire attention à cette circonstance qui prenait une importance particulière, surtout en ce moment. Loukachka tira les rênes, fronça les sourcils avec colère, grinça des dents, souleva la cravache au-dessus de sa tête. Le bon cheval piétina des quatre pattes à la fois ne sachant sur laquelle partir et comme si, sur des ailes, il voulut s’enlever en l’air. Mais Loukachka frappa ses côtes rebondies, une deuxième fois, une troisième fois, et le kabarde,