Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/309

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étaient assis côte à côte, genou contre genou, et ne tiraient pas.

Tout était calme. Tout à coup, du côté des Tchetchenzes s’entendirent d’étranges airs de chansons tristes semblables aux aïe, daïe, dalalaïe de l’oncle Erochka. Les Tchetchenzes savaient qu’ils n’échapperaient pas et pour éviter la tentation de fuir, ils s’étaient attachés genou à genou avec des courroies, et chantaient des chants funèbres.

Les Cosaques, derrière le chariot de foin, s’avancaient de plus en plus, et Olénine, à chaque moment, entendait des coups, mais le silence n’était troublé que par les chansons tristes des Abreks.

Tout à coup les chants cessèrent, un coup sec retentit, une balle tomba sur le bord du chariot ; on entendit les injures et les cris des Tchetchenzes. Un coup suivait l’autre, les balles, l’une après l’autre, tombaient dans le chariot. Les Cosaques ne tiraient pas et n’étaient plus qu’à cinq pas des Abreks. Encore un moment, et les Cosaques, avec des cris, sortirent des deux côtés du chariot. Loukachka était en avant. Olénine entendit seulement quelques coups, des cris et des gémissements. Il aperçut de la fumée, et comme il lui sembla, du sang. Laissant son cheval, hors de soi, il accourut vers les Cosaques. L’horreur lui ferma les yeux. Il ne distinguait rien, il comprit seulement que tout était fini. Lou-