Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/314

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dent, écoute-moi, quand tu iras en expédition ou ailleurs, (moi je suis un vieux loup, j’ai vu beaucoup de choses), quand on tirera, ne va pas dans les groupes où il y a beaucoup d’hommes. C’est l’habitude, votre frère a peur et se serre où il y a beaucoup de gens, il pense que ce sera plus gai ensemble, et c’est pire. On tire toujours dans le tas. Moi je me tenais toujours à l’écart et je marchais seul, aussi n’ai-je pas été blessé une seule fois. Et pourtant, que n’ai-je pas vu dans ma vie !

— Mais tu as une balle dans le dos ! — fit Vanucha qui faisait les malles dans la chambre.

— C’est le Cosaque qui s’est amusé — répondit Erochka.

— Comment, le Cosaque ? — demanda Olénine.

— Mais comme ça. On avait bu. Le Cosaque Vagnka Sitkine avait bu beaucoup, et il me tira tout droit un coup de pistolet. Juste à cet endroit.

— Eh bien, quoi, en souffres-tu ? — demanda Olénine, — Vanucha, as-tu fini bientôt ? — ajoutat-il.

— Ah ! comme tu te hâtes. Attends, je te raconterai… Quand il a tiré, la balle n’a pas brisé l’os, elle est restée ici, dans la chair. Et moi je lui dis : « Tu m’as tué, mon vieux. Ah ! que m’as-tu fait ! Je ne te lâcherai pas comme ça, tu m’apporteras tout de suite un seau de vin. »

— Mais tu as souffert ? — demanda de nouveau Olénine, qui écoutait à peine le récit.