Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/437

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D’ennemis pas une âme. Nous étions étonnés. C’est bien. Nous allons plus loin, au deuxième retranchement. Là c’est une autre affaire. Nos cœurs battent, savez-vous. Nous nous approchons, nous regardons, je vois le deuxième retranchement. On ne peut avancer. Ici… Eh bien ! Comment… comment s’appelle cela… Ah ! comment donc !…

— Encore un ravin — soufflai-je.

— Mais non, pas du tout — reprit-il fâché. — Pas un ravin, mais… Ah ! comment appelle-t-on cela ?… Et de la main il fit un geste inepte. — Ah ! mon Dieu ! Comment donc…

Il paraissait si tourmenté qu’on avait malgré soi le désir de lui souffler.

— Peut-être un fleuve ? — fit Bolkhov.

— Non, un ravin, tout simplement. Mais aussitôt que nous sommes là, le croiriez-vous, un tel feu, un enfer…

À ce moment, derrière la hutte quelqu’un m’appela, c’était Maximov. Comme après avoir entendu cette histoire variée des deux retranchements, il m’en restait encore treize, j’étais content de saisir cette occasion pour retourner à ma section. Trocenko sortit avec moi. « Il ment d’un bout à l’autre — fit-il, — il n’alla pas du tout aux retranchements. »

Et Trocenko éclata de rire de si bon cœur que je m’en amusai aussi.