Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/438

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XIII


Il faisait déjà nuit noire, seuls les bûchers éclairaient faiblement le camp, lorsqu’ayant fini mon travail, je m’approchai de mes soldats. Un grand tronc qui brûlait sans flamme gisait sous les charbons. Autour de lui, trois hommes seulement étaient assis. Antonov, qui tournait sur le feu la petite marmite dans laquelle cuisait le biscuit à la graisse. Jdanov qui songeur, remuait les cendres avec une petite gaule et Tchikine avec sa pipe toujours éteinte. Les autres se préparaient déjà à se reposer qui sous les caissons, qui dans le foin, qui près des bûchers. À la faible lumière des charbons je distinguais les dos, les jambes, les têtes que je connaissais. Parmi ces derniers était la recrue, qui presque dans le feu semblait dormir déjà. Antonov me fit place, je m’assis près de lui, allumai ma cigarette. L’odeur du brouillard et la fumée de bois vert en se répandant dans l’air, piquait les yeux et une