Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/47

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occupe presque toute la rue et devant laquelle, depuis tant d’années passent des hommes, une jeune femme pieds nus, un tas de bois sur le dos, la chemise haut relevée au-dessus de la jambe blanche, grimpe avec peine derrière les enclos, et un chasseur cosaque qui passe devant crie en plaisantant : « Lève donc plus haut, effrontée ! » et il la vise. La femme baisse sa chemise et laisse tomber le bois. Un vieux Cosaque, les pantalons retroussés, sa poitrine grise, nue, revient de la pêche et porte derrière son épaule son filet, où des poissons au dos argenté frétillent encore, et, pour arriver plus vite, il grimpe derrière la haie brisée du voisin et tire son habit qui s’accroche. Ailleurs, une femme traîne une branche sèche et l’on entend des coups de hache dans un coin. Des petits enfants crient en lançant leurs balles dans les rues, sur toutes les surfaces planes. Des femmes grimpent derrière les haies pour ne pas faire un détour. De toutes les cheminées s’élève la fumée odorante de kiziak [1]. Dans chaque cour on entend le mouvement, l’agitation qui précède le calme de la nuit.

Oulitka, la femme du khorounji [2] aussi maître d’école, comme toutes les autres est à la porte de sa cour et attend le bétail que chasse de la rue sa

  1. Briquettes de fumier sec, employées au Caucase comme combustible.
  2. Le cornette, chez les Cosaques.