Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/80

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saque. Spontanément, tout semblait devenir plus clair, plus visible.

— Eh ! tu n’as rien vu, l’oncle, et moi j’ai tué la bête, — dit Loukachka, en replaçant la gâchette et en se levant avec un calme affecté.

Le vieux fixait déjà ses regards sur le dos qu’on voyait maintenant très clairement et près duquel coulait le Terek.

— Il nageait avec la branche sur le dos. Je l’ai remarqué… Regarde ici, voilà, dans le caleçon bleu, et c’est le fusil, si je ne me trompe… Tu vois, hein ? — dit Louka.

— Sans doute, je vois, — fit le vieillard d’un ton irrité, et quelque chose de sérieux et de sévère se reflétait sur son visage. — Tu as tué un Djiguite, — prononça-t-il comme à regret.

— J’étais assis là-bas, et je me demande quelle est cette chose noire qui vient de ce côté ? Je l’ai aperçu de là-bas. On aurait dit qu’un homme s’approchait et tombait. Quel est ce miracle ? Et voilà que j’aperçois une grosse branche qui flotte, mais pas dans le sens du courant, en sens contraire. Puis je distingue une tête qui se montre au-dessous d’elle. Qu’est-ce donc ? À cause des roseaux, je ne voyais pas bien. Je me lève, et lui, la canaille, a sans doute entendu et grimpe sur le sable, regarde tout autour. « Non, pensai-je, tu ne t’échapperas pas. » Une fois grimpé, il regarde. (Ah ! quelque chose me gêne dans la gorge !) Je prépare