Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/85

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— Et, du caleçon, fais des mouchoirs pour les filles ! — fît Nazarka.

Les Cosaques éclatèrent de rire.

— Quand aurez-vous fini de rire — dit l’ouriadnik, — traînez plus loin le cadavre. Pourquoi avez-vous mis cette saleté près de la cabane ?…

— Pourquoi vous arrêtez-vous ? Traînez-le ici, camarades ! — cria impérieusement Loukachka aux Cosaques qui, sans grand désir, s’étaient mis à la besogne. Les Cosaques exécutèrent son ordre comme s’il était le chef. Ils traînèrent le cadavre à la distance de quelques pas, et laissèrent retomber les jambes qui s’aplatirent inertes. Les Cosaques se reculèrent un peu, et, pendant quelques instants, restèrent autour immobiles.

Nazarka s’approcha du cadavre, en souleva la tête pour voir la blessure sanglante, ronde de la tempe et le visage du tué. « Voilà quel cachet il a mis ! Dans la cervelle même ! » prononça-t-il. « Il ne se perdra pas, les propriétaires le reconnaîtront… » Personne ne répondit et le silence se fit de nouveau parmi les Cosaques.

Le soleil se levait déjà et ses rayons éclairaient la verdure humide de rosée. Le Terek grondait non loin dans la forêt qui s’éveillait. Les cris des faisans saluaient le matin et s’interrompaient de tous côtés. Les Cosaques, silencieux et immobiles, entouraient le cadavre et le regardaient. Le cadavre bruni, vêtu seulement du caleçon bleu mouillé,