Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/130

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bule !? » et la finale de « Lucie !? » Et Chopin !? et Robert !? Je pense souvent… — il s’arrêta en concentrant visiblement ses pensées, — que si Beethoven était vivant, il pleurerait de joie en écoutant : « Somnambule. » Partout il y a du beau. J’ai entendu pour la première fois « Somnambule » quand la Viardot et Rubini étaient ici, c’était, — ah ! — fit-il les yeux brillants et avec un geste des deux mains, comme s’il voulait arracher quelque chose de sa poitrine, — pour un peu plus, on n’aurait pu le supporter…

— Eh bien, comment trouvez-vous l’opéra, maintenant ? — demanda Delessov.

— Bozia est bonne, très bonne, extraordinairement élégante, mais elle ne touche pas là, — il désignait sa poitrine enfoncée. — À une cantatrice, il faut la passion, et chez elle, il n’y en a pas. Elle fait plaisir mais n’empoigne pas.

— Et Lablache ?

— Je l’ai entendu à Paris, dans le « Barbier de Séville », alors il était unique, et maintenant il est vieux. Il ne peut plus être acteur, il est vieux…

— Quoi, il est vieux, mais quand même il est bon dans les morceaux d’ensemble, — dit Delessov. C’était son jugement immuable sur Lablache.

— Comment ! Qu’est-ce que ça fait qu’il soit vieux ! — fit Albert sévèrement. — Il ne doit pas être vieux. L’artiste ne doit pas être vieux. Il faut beaucoup pour l’art, mais principalement le feu