Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/142

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— Il s’est enfermé dans le salon.

Delessov passa dans son cabinet, choisit quelques livres français et les évangiles, en allemand.

— Demain, mets ces livres dans sa chambre et garde-toi de le laisser sortir, — dit-il à Zakhar.

Le lendemain matin, Zakhar informait son maître que le musicien n’avait pas dormi de toute la nuit, que tout le temps il avait marché dans la chambre et dans l’office, en essayant d’ouvrir le buffet et la porte, qui grâce à ses soins étaient fermés.

Zakhar racontait que, feignant de dormir, il avait entendu Albert marmonner quelque chose et agiter les mains.

Albert devenait chaque jour plus sombre et plus silencieux. Il semblait avoir peur de Delessov et quand leurs yeux se rencontraient, son visage exprimait l’effroi maladif. Il ne touchait ni les livres, ni le violon et ne répondait pas aux questions qu’on lui posait.

Trois jours après l’installation chez lui du musicien, Delessov arriva à la maison, tard, le soir, fatigué et contrarié. Pendant toute la journée il avait fait des démarches pour une affaire qui lui semblait très simple et très facile et, comme il arrive souvent, malgré tous ses soins, il n’avait rien obtenu. De plus, au club, il avait perdu au whist. Il était de mauvaise humeur.