Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/148

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Dans sa tête passaient des idées étranges, sans lien.

Tantôt il se rappelait sa dernière discussion avec Zakhar ; tantôt, il ne savait pourquoi, sa mère et sa première arrivée en Russie, sur le bateau ; tantôt une nuit heureuse, en compagnie de son ami dans la boutique devant laquelle ils passaient. Tantôt, dans son imagination, commençaient à chanter les motifs qu’il connaissait et il se rappelait l’objet de sa passion et la nuit terrible au théâtre.

Mais malgré leur incohérence, tous ces souvenirs se présentaient à son imagination avec une telle clarté qu’en fermant les yeux il ne savait plus ce qui était la réalité : ce qu’il faisait ou ce qu’il pensait. Il ne se rappelait pas et ne sentait pas comment, ses jambes s’avancaient, comment, en chancelant il se heurtait contre le mur. Il regardait autour de lui et passait d’une rue à l’autre.

Il se rappelait et sentait seulement que des choses étranges, embrouillées se succédaient et se présentaient à lui.

En passant près de la petite Morskaïa, Albert buta et tomba. Eveillé pour un moment, il vit devant lui un bâtiment magnifique et alla plus loin.

Au ciel on ne voyait ni étoiles, ni éclairs, ni lumière, il n’y avait pas non plus de réverbères, mais tous les objets se dessinaient clairement. Dans les fenêtres du bâtiment qui se dressait au