Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/164

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gênants, désagréables, et à la fin, tristes. Il me semble toujours que je suis un coupable, que je suis puni, comme dans mon enfance, quand pour une polissonnerie, on me mettait sur une chaise en me disant ironiquement : « Repose-toi, mon cher ! » alors que dans mes veines battait le sang jeune et que j’entendais, de l’autre chambre, les cris joyeux de mes frères. Autrefois je m’efforcais, mais en vain, de me révolter contre le sentiment d’oppression que j’éprouvais à un pareil dîner.

Tous ces visages morts exercent sur moi une influence fatale et moi-même je deviens «mort » : je ne veux rien, je ne pense à rien, même je ne n’observe pas. Tout d’abord j’ai essayé de causer avec les voisins, mais outre les phrases évidemment répétées pour la cent millième fois, au même endroit et par les mêmes personnes, je ne recevais d’autres réponses. Et toutes ces personnes ne sont ni sottes, ni indifférentes et probablement que chez beaucoup de ces gens figés se passe la même vie intérieure qu’en moi et, chez plusieurs, beaucoup plus compliquée et plus intéressante. Alors, pourquoi donc se privent-ils d’un des meilleurs plaisirs de ce monde, du plaisir de jouir l’un de l’autre, — de la jouissance de l’homme ?


C’était autre chose dans notre pension, à Paris, où nous étions une vingtaine de personnes de na-